Sandor Ferenczi, psychanalyste contemporain et disciple de Freud, a largement contribué aux connaissances actuelles autour des notions de trauma archaïque et de trauma psychique.

Reconnaître, accueillir un évènement traumatique, se dés-identifier de ses parts blessées, trouver apaisement, nécessite la présence d’un tiers pour avancer dans ce travail thérapeutique.

C’est quoi un trauma ?

Le trauma fait partie intégrante de la construction psychique d’un individu.
Un trauma est un évènement intense, ou une répétition de situations plus bénignes provoquant une grande souffrance interne, débordant la capacité psychique d’élaboration de l’individu. Il ne peut assimiler la quantité d’énergie émotionnelle induite par celui-ci pour la penser, l’intégrer et lui donner sens et cohérence dans son existence, comme il le fait d’ordinaire.

Quel sont les mécanismes et conséquences principales d’un trauma ?

Devant l’impossibilité de s’adapter au trauma, un mécanisme de survie se met en place : il consiste à garder l’événement traumatique en mémoire, en le mettant de côté. Le moi se scinde : l’une des parties continue à vivre, l’autre partie est comme morte, figée sur le souvenir. Ainsi il n’y a plus de moi global, d’unicité de l’être, mais un moi partiel/morcelé, avec une partie figée en souffrance. Tout est fait pour permettre au système d’éviter de revivre la souffrance ayant initié ce clivage. Cette dissociation est très fréquente.

Par sa dimension trop intense, insupportable, impensable, inacceptable donc inassimilable, le trauma provoque une décharge émotionnelle qui surcharge le champ de conscience et confronte le sujet au sentiment de mort physique ou psychique. Cela induit nécessairement un grand sentiment d’angoisse, d’impuissance, d’incapacité. Cela est source d’un stress et d’une souffrance intense et indicible. Les forces vives et agressives de fuite ou d’autodéfense se retrouvent paralysées, déroutées, mises en échec par le vécu traumatique. Une sorte d’adaptation interne se met en place et remplace l’adaptation interactive avec l’extérieur devenue impossible. Comme une marche forcée. Le sujet pour survivre n’a d’autre choix que de s’abandonner lui-même et « se mettre en veille » : il ne peut que se focaliser sur ses fonctions vitales normalement régulées de manière autonome et inconsciente (comme les battements de son cœur, sa respiration) ou vivre le trauma comme s’il en était spectateur, comme « en dehors de soi ».

Ayant vécu cela, par la suite, le sujet va tenter de diminuer les sources de souffrance potentielle et le contact authentique avec l’extérieur. Tout ce qui peut éviter au sujet de revivre cette souffrance est employé : le retrait en soi, la fuite (parfois en avant), l’évitement, la négation, le déni voire l’amnésie… Devant ce sentiment d’inaction ou de réduction de son être, des comportements d’auto-destruction peuvent s’installer comme soupape de soulagement à l’angoisse ou l’inaction : addictions, conduites à risque diverses…non-choix et tentatives illusoires de redevenir sujet et acteur de sa vie, quand bien même cela conduise à s’apporter et nourrir ce qui a été subi et engrammé au plus profond de soi.

Trauma transgénérationnel : des fantômes familiaux en héritage ?

Chaque nouvel être humain naît à une certaine époque, dans une lignée familiale paternelle et maternelle ayant une pré-histoire à la sienne.

Le ou les vécu(s) traumatique(s) non élaboré(s) d’un ou plusieurs de nos ancêtres laisse(nt) un espace vide, comme un trou identitaire, ou au contraire un trop-plein émotionnel débordant que la ou les générations suivantes perçoivent inévitablement. C’est particulièrement le cas pour les vécus difficiles autour de l’argent (faillites, licenciement, héritages ou deshéritage), de la mort (deuils, perte d’enfants, ivg), ou de la sexualité (liaisons et enfants illégitimes, incestes, viols…)

Le non-dit, non-nommé, devient alors impensable pour les descendants, bien que la charge traumatique reste intacte. Le trop-plein quant à lui envahit l’atmosphère familiale et laisse peu de place au renouveau et à la possibilité de se vivre autrement que par le trauma qui devient héritage familial et identificatoire.

C’est ainsi que des symptômes psychosomatiques ou des évènements de vie vécus dans le présent peuvent tenir pour origine et découler indirectement des restes psycho-énergétiques des vécus de nos anciens.

Ces notions de cryptes et de fantômes transgénérationnels ont été introduites dans les années 1970, notamment par N.Abraham et M.Torok. Elles ont été largement reprises et étudiées depuis par de nombreux autres psychanalystes comme S.Tisserand, D.Dumas, D.Flaumembaum, C.Nachin, B.Clavier, A.Ancelin Schützenberger…

Le travail thérapeutique

Pourquoi ?

Un des paradoxes inhérent à l’humain est que l’on naît et est profondément dépendant pour acquérir son déploiement et son autonomie. L’Autre est nécessaire pour devenir Soi.

S’engager dans un travail introspectif accompagné par un thérapeute est indispensable pour désamorcer un trauma et retrouver un processus psychique, un mouvement interne de déploiement de son élan vital de manière suffisamment saine, unifiée et satisfaisante.

Sans accompagnement par un tiers de confiance, c’est encore et toujours du système de survie, du « dépatouillage » pour gérer ce qui est « de trop en dedans » tant bien que mal avec ce que l’on trouve ça et là.

L’élan de consulter peut émerger d’un sentiment d’accumulation de tentatives d’adaptation peu ou de moins en moins efficace pour « tenir l’inconfort interne ». C’est parfois un événement particulier, ou une période difficile et déstabilisante qui remet en mouvement, réactive ce qui était en veille depuis longue date. La période périnatale est particulièrement propice à la réactivation de trauma anciens.

En quoi ça consiste ?

Dans un cadre thérapeutique sécurisant, si la présence du thérapeute offre suffisamment de tact, d’indulgence, de prévenance, de souplesse, l’installation d’un lien de confiance s’établit lors des premières séances. Dans cet espace-temps contenant, dans un ici-et-maintenant vécu en lien avec l’Autre (toujours reflet de ce qui se passe en dehors), le sujet peut se vivre et se sentir accueilli, entendu, reconnu et considéré.

De ce fait, ce qui n’a pas pu se dire se nomme, émerge à la conscience au fil du travail thérapeutique. Et ce qui a été vécu seul et de manière trop intense peut s’éprouver pleinement et de manière libératrice et résolutoire. L’impensable et l’indicible étant pensé et verbalisé, le sujet éprouve un certain soulagement et peut enfin passer à autre chose avec tout son potentiel et son élan créatif. Il en découle un sentiment de ré-unification, de sécurité de base, et de libre-circulation de son énergie.

Quand, pourquoi oser consulter ?

En cas de mal-être physique aïgu ou chronique :

Fatigue, problème de cycles menstruels (douleurs, irrégularités, difficulté de conception), douleurs articulaires (dos, cervicales, genoux…), insomnies, troubles digestifs, troubles circulatoires, troubles du sommeil ou de l’humeur, manifestations cutanées (exzéma, psoriasis), oppression thoracique, symptômes physiques ou psychique autour d’une grossesse ou en post natal…

En cas de mal-être psychique :

Manque ou débordement d’énergie, angoisse ou troubles anxieux, dépression, insomnie, ruminations, burn-out, stress, difficultés relationnelles et/ou sociales, perte ou manque d’estime de soi, stress, difficulté à gérer ses émotions ou ses sentiments, troubles du comportement…

En cas de mal-être global et diffus personnel, social ou relationnel.
Faire face à une difficulté, à un traumatisme ancien ou récent :

Deuil, accouchement ou grossesse difficile, avortement ou interruption médicale de grossesse mal vécus, deuil périnatal, séparation, isolement, abus, dépendance.

Dans une intention de travail/exploration sur soi et de développement personnel.

« Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin. » – C.G.Jung

« La distinction entre le passé, le présent, le futur n’est qu’une illusion, aussi tenace soit-elle. » – A.Einstein

« La clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. » – C.G.Jung